Mai 2014

affiche web
Kabinet d’estampes est une exposition entièrement dédiée à la gravure, qu’elle soit en creux, en relief ou sous forme de monotype.L’intitulé le « Kabinet » fait référence au lieu où se déroulera l’exposition.L’ensemble fait alors écho au cabinet des estampes, lieu où sont conservées, dans un certain nombre de bibliothèques et de musées, les collections d’images imprimées sur papier. Une estampe est le résultat d’une impression. C’est ce qui la distingue d’un dessin, d’un texte manuscrit ou d’une peinture. C’est aussi ce qui lui permet d’être reproduite à plusieurs exemplaires. L’impression d’une estampe est réalisée grâce à un élément d’impression-planche de bois, plaque de métal, pierre, tissus, que l’on nomme planche, bois, forme, plaque, bloque, pierre, tamis, écran-, chacun d’eux se caractérisant par la manière dont l’encre doit être disposée à sa surface. Sur cette dernière, il est en effet essentiel de différencier les parties qui reçoivent l’encre et celles qui ne doivent pas la recevoir, principe essentiel de toute impression. Gravure Dictionnaire technique de l’estampe, André Béguin, 1998
https://vimeo.com/87167376
Ce projet est à l’initiative de deux des trois créateurs du lieu, Marine Penhouët et Arnaud Rochard. L’idée de cette exposition est née des multiples rencontres que nous avons pu faire lors de ces dernières années. De la ville de Quimper où nous avons été étudiants en passant par l’Allemagne où nous avons vécu jusqu’à Bruxelles où nous vivons actuellement. Nous avons croisé le chemin de multiples artistes, qui comme nous, ont une attirance particulière pour le médium de la gravure. Nous avons découvert leurs travaux au travers d’expositions, mais aussi par le biais de magazines et d’internet.Le but de cet événement est de faire découvrir au public ce moyen d’expression qui reste encore méconnu, même si la gravure trouve de plus en plus d’adeptes. La pluridisciplinarité des artistes présentés donne alors à voir différentes manières d’aborder la gravure. Cette particularité permet alors de faire côtoyer à la fois différentes méthodes, supports et univers entre eux. On y retrouve aussi bien des artistes émergents que confirmés. Kabinet d’estampes représente un panorama subjectif de la création contemporaine en gravure.
Marine Penhouët et Arnaud Rochard

Edition

IMG_2097

10€

 

Artistes invités:
Pierre Abernot, Giulia Andreani, Geoffroy Bogaert , Pakito Bolino, Thomas Bouquet , Klervi Bourseul ,Greg Dass, Olivier Deprez , Yves Doaré, B.C. Epker, Albert Foolmoon, Louis Charles Fumery, Alkbazz, Charlotte Istat, Julie Laignel, Cedric Le Corf, Yann Legrand, Thierry Lenoir, Ludovic Levasseur,  Marc Brunier Mestas, Jérôme Minard, Maël Nozahic, Marine Penhouët, Anne Peeters, Caroline Queguiner, Arnaud Rochard, Yoann Rochereau, Simon Thamiry, Frederic Voisin, Zephyr.

 

B.C. Epker

B.C. Epker, Diana & Actaeon (Red), 2013

B.C. Epker, Diana & Actaeon (Red), 2013

He was born in Harlingen the Netherlands, 1968. He makes drawings and prints. He usually works in Friesland where the land is empty and the soil is full of stories. Epker considers his life as a great landscape. In this he follows traces, like a wolf follows the scent of prey. Wildlife is in his case; images that fascinate him. Epker questions them on their essence and strips them of superfluities. Juggling and transforming he lets them mate with anachronisms, collective memories, visual consequences of philosophical ideas, everyday events, dreams, passions and an unbridled imagination… Of this a constellation is fused. On the brink of the abyss, it is generating new meanings perpetually…
 I make 50% drawings and 50% prints. I started to make prints a long time ago, in a period when my drawings became more and more light and rarefied. I was longing for lines with resistance, weight and depth. I decided to make  drypoint etchings. The physical unruliness of the material and a broad spectrum of deep and subtle lines, influenced and enriched the content of the work. Later I discovered woodcuts. A woodcut is the most noble and elevated drawing you can imagine. You draw on a wooden plate, cut away everything around it, and the lines arise on a platform. In a woodcut there is no fuzziness. It’s radical, clear and pure. The line is there – or is not there. Black or white. No compromise.

Simon Thamiry

Tuer le maître_21x15_eau-forte sur zinc_2014

Tuer le maître, 21×15, eau-forte sur zinc, 2014

 

C’est à l’école des beaux-arts de Tourcoing, dans le nord de la France que j’ai commencé la gravure. À vrai dire, c’est aussi là que j’ai commencé mes études en art, et que j’ai découvert qu’une technique particulière employée pouvait transformer une œuvre symboliquement.
Les écoles françaises prônant des pratiques pluridisciplinaires, je suis passé par le dessin, la photographie ou la vidéo en faisant toujours un peu de gravure sur le côté, en ayant conscience que  l’institution dans laquelle je me trouvais dénigrait ce type de technique. Finalement, je suis parti en Erasmus dans le nord de la Grèce (à Thessalonique), où je n’ai fait quasiment que de la gravure (principalement de l’eau-forte sur zinc), et où j’ai rencontré beaucoup de personnes qui prenaient au sérieux cette technique ancienne. À mon retour j’ai donc décidé de continuer mon master dans l’option gravure de l’académie des beaux-arts de Bruxelles, pour me consacrer à cette technique qui     a toujours eu pour moi un caractère magique, lié à ce temps de préparation particulier, au contact avec le métal et l’acide et toujours cette idée d’inversion et de redécouverte de son propre dessin au moment de l’impression.
Ce qui me plaît dans la technique de l’eau-forte, c’est le rapport que j’entretiens avec mon dessin. Je ne sais jamais ce que je vais obtenir comme résultat. Je ne travaille jamais à partir de croquis préparatoires, ou simplement pour des détails. Je m’inspire parfois de photographies, ou de peintures anciennes qui me permettent d’entrer dans des histoires sans débuts et sans fins toujours empreintes de fantasmes mythologiques angoissants.

Anne Peeters

Jardin, eau forte sur zinc, 2010

Jardin, eau forte sur zinc, 2010

 

Je suis comédienne marionnettiste. je pratique la technique des ombres chinoises. je sillonne actuellement la Belgique et la France avec un spectacle d’ombre forain » Expresso Circus ».
J’ai toujours dessiné, j’ai commencé par la peinture à l’huile et ensuite depuis une vingtaine d’année je me suis passionnée pour l’estampe.La gravure fait partie intégrante de ma vie.
Ce fut d’abord  le noir et blanc radical du lino, puis l’expérimentation progressive du sensible par la pointe-sèche, l’eau forte,l’aquatinte,enfin le retour à la couleur, du clair au sombre en glacis et transparences, par deux ou trois impressions surimposées.
Voici une citation  de Georges Meurant qui décris fort bien mon travail:

Anne Peeters exploite les possibles de l’estampe par des “natures-mortes”. Ses prétextes sont souvent des poissons moins sordidement cadavériques que d’autres immobiles sèchés ou empaillés. (Elle a toujours habité à proximité de poissonneries). Elle met parfois ses sujets en scène, au frigo, dans une attitude tendue par des élastiques. Mais le temps de la création s’étend, la pose prendra fin dans une insupportable odeur. En résultent des polychromies étudiées, incisives, enlevées, dynamiques, expressives – jamais inertes – une méditation d’un calme paradoxal en regard des visions de nature vive ou de dépôts culturels tramées dans l’immédiat. L’art relève du plaisir de faire, jeu d’enfant ou persévérance d’adulte dont l’enjeu demeure un secret personnel. Anne Peeters ne grève son œuvre d’aucun discours. Son silence sert un art vivant, indifférent aux conventions de la société post-moderne.

 

Cedric Le Corf

Mâchoires - 94x64cm - pointe-sèche - 2014

Mâchoires – 94x64cm – pointe-sèche – 2014

 

Je  creuse des sillons de torses et de dos, de vallons et de monts, et dans les crânes des rêves de paysages.
Durant ces dernières années, le paysage anatomique d’après les planches de Jacques Fabian Gautier d’Agoty s’est imposé comme sujet de mon travail. Peu à peu l’homme dépecé se métamorphose en homme paysage. L’homme, l’arbre et la terre ont en commun de posséder tous trois une «écorce» et donc de pouvoir être «écorchés». Un corps disséqué n’est-il pas aussi une vaste étendue paysagée aux multiples accidents, de plissements et de crevasses ? La moindre rugosité osseuse n’est pas sans rappeler les paysages rocheux de Patinir ; le réseau veineux, artériel ou nerveux irrigue telle des rivières et des fleuves les plaines et les estuaires ; les muscles, glaise de la Genèse, modèlent gorges et tertres.
De Dürer avec la «Vue du val d’Arco» à Cézanne qui tenta toute sa vie d’inscrire l’homme dans la nature, «de marier les courbes des femmes aux épaules des collines», l’histoire de la peinture nous montre cette tentation d’homothétie.
Aujourd’hui, fasciné par les polychromés Rhénans, confronté au pathos de Grünewald, de Baldung Grien ou de Schongauer, mais aussi par mes racines Bretonnes, aux enclos paroissiaux, calvaires et peintures murales de Kernascléden, de la chapelle de Kermaria, j’ai entamé dans mon atelier de Berlin des séries sur toile, sur bois et sur zinc.En m’imprégnant de cet héritage, de l’image du corps anatomisé aux amants trépassés où l’animé et l’inanimé se côtoient dans une danse macabre, j’essaie en m’attachant au motif de faire sourdre de sa substance la peinture ou la gravure qu’il recèle.
Quant à la question si la gravure est mon médium principal, il m’apparaît difficile de dissocier ces deux pratiques, tant elles sont pour moi complémentaires. En effet l’une comme l’autre relève du dessin, et c’est ainsi que je fais mienne cette citation du maître d’Aix « Le dessin et la couleur ne sont point distincts ; au fur et à mesure que l’on peint, on dessine, plus la couleur s’harmonise, plus le dessin se précise. Quand la couleur est à sa richesse, la forme est à sa plénitude. Les contrastes et les rapports de tons, voilà le secret du dessin et du modelé ».

 

Geoffroy Bogaert

geoffroy bogaert,

Un petit cochon pendu au plafond, gravure sur lino, 30x40cm, 2014

 

Vit et travaille à La Madeleine
Geoffroy BOGAERT a étudié les Beaux-arts à Valenciennes, les Arts plastiques à Tourcoing, et participe depuis 2005 à de nombreuses expositions.
Il travaille le plus souvent au marqueur, au feutre et au crayon, mais pratique aussi la sérigraphie et la gravure, ses dessins prolifèrent sur les murs, les sols, sur tous les supports possibles.
« Geoffroy aime les terrains vagues, les faubourgs, les no man’s land, il s’attache à tout ce que les « hommes actifs », et leur activité, ont déserté. Son travail s’axe sur le témoignage et la représentation : l’être dans la sauvagerie du corps et du portrait, la nature dans son incongruité. Aussi il aime les parias, les dénigrés, les exclus, et chaque fois il aborde le sujet irrecevable dans le but de le réhabiliter : il en va ainsi des visages et des corps surpris dans des postures et des sentiments considérés comme inadmissibles dans une société policée, il en va ainsi des mauvaises herbes systématiquement évacués des horizons humanisés. Tout chez lui se précipite vers le moment de fêlure, vers le glissement, la béance et l’interstice, là où tout reprend droit à la révolte, à l’incertitude, à l’apparition, à l’apparence, où tout enfin de l’impossible devient possible. Dans ce droit, à cet endroit, s’érige une promesse de devenir, un motif de vie pour tout et pour tous. »
Laurent Bouckenooghe
La gravure est-elle ton médium principal ?
Non, je pratique surtout le dessin, mine graphite, encre, posca. J’ai débuté la gravure aux beaux-arts de Valenciennes. On a surtout expérimenté la gravure sur métal, taille douce, eau forte, aquatinte, vernis mou et la gravure au sucre.
Pourquoi l’as tu choisi ?
Par intérêt pour le travail de l’édition. J’ai par la suite voulu expérimenter la gravure sur lino, ce médium me semblait assez proche de ma technique graphique à l’encre et posca. J’ai finalement découvert que ce procédé comportait quelques grandes différences, il faut travailler à l’aveugle, les accidents sont fréquents, et surtout la surface entière doit être travaillée, si je veux pouvoir obtenir des respirations comme dans mes dessins. C’est un grand plaisir pour moi de voir que je ne maîtrise pas tout, je laisse la place aux glissements, aux bavures que ce soit lors de l’impression ou lors de la réalisation de la matrice.
La gravure dans mon travail est une respiration.

 

Arnaud Rochard

I love my dog, eau forte et aquatinte, 30x40cm, 2013

I love my dog, eau forte et aquatinte, 30x40cm, 2013

 

Arnaud Rochard est un artiste fasciné par l’histoire et les images avec un caractère graphique : les gravures satiriques, les images et affiches de propagande, les photos de guerre. Il s’intéresse au côté sombre et macabre de l’historiographie des cultures européennes, qui selon lui illustre encore le monde dans lequel nous vivons. ‘Cette combinaison de séduction et de révulsion me donne envie de créer des images crues et sauvages avec une technique précise et maîtrisée’.
Il utilise des planches de bois, des gravures, de l’eau forte et aquatinte, dessine à la plume et à l’encre de chine, sculpte des oeuvres suivant des thèmes bibliques et mythologiques comportant une violence exacerbée. Sa technique est très maîtrisée, incisive et puissante, dénotant concentration, absorption de la matière, grande précision, geste sûr et forte maturité. Son exercice est lent et assidu.

Tout dans sa technique et son travail s’inspire et se réfère à l’histoire de l’art, notamment, l’histoire de la gravure, du Moyen-âge, de Schongauer à l’expressionnisme allemand qu’il absorbe avec énergie et passion. Son intérêt se porte sur la figuration libre des années 80, aussi sur l’art figuratif, les paysages, les jungles, les décors chargés, laissant peu de place au vide, habités par des personnages sombres et mortifères raccordés au contexte.Ses thèmes récurrents : natures mortes, bestiaires fantastiques, centaures, vanités, complètement empreints des épopées légendaires transportent inexorablement vers l’imagerie apocalyptique des siècles passés. Ils percutent encore l’imaginaire aujourd’hui, bouleversent et rassurent.De l’ensemble de cet héritage composite, Arnaud Rochard a su développer un traitement de l’image et un style singulier qui lui sont propres. Il ne finira pas de faire rêver ou cauchemarder ; en tous les cas, on ne sort pas totalement indemne à la vue de son travail.

 Sylvie Arnaud

Thierry Lenoir

Série "A table" numéro 17, linogravure 28x20cm, 2013

Série « A table » numéro 17, linogravure 28x20cm, 2013

Si ses images choquent, dérangent, alors, il a gagné son pari. Thierry Lenoir est un provocateur, un «hard» mais aussi un merveilleux chroniqueur des moeurs de notre époque. Sans s’en rendre compte, car chez lui, tout est naturel, il renoue avec les «canards» du siècle passé. Ces «occasionnels», imprimés d’infor­mation proposés à l’occasion des événements d’actua­lité qui retiennent l’attention et frappent l’imagination. Toutes les qualités des grands chroniqueurs se retrou­vent dans le travail de Thierry Lenoir : la recherche du témoignage direct, le détail frappant, le désir de rensei­gner vite, le style heurté et imagé. Ses thèmes sont très variés. Ils empruntent à tous les domaines de l’actualité avec une préférence marquée pour le comportement quotidien de la société : le racisme, la drogue, l’alcoolisme, la sexualité… Le choix de cette actualité est toujours fonction des mêmes critères : la recherche du sensationnel, le goût de l’anecdote, la priorité donnée à l’individu sur la col­lectivité, au concret sur l’abstrait. Le travail est réalisé «chaud», à coups de faits souvent bien minces mais combien révélateurs, dans la technique traditionnelle de la gravure sur bois. L’oeuvre est dure, elle prétend avoir valeur de témoi­gnage même si ce témoignage porte plus sur le climat d’un événement que sur les circonstances exactes. Les scènes sont composées de telle manière que tout con­court à l’effet voulu. Une valeur particulièrement descrip­tive ou symbolique est attachée à chaque détail tou­jours bien choisi de l’image. Thierry Lenoir traduit par l’outrance brutale des gestes, par de la démesure en tout, jusque dans les plus petits détails, son goût de l’excès. Il plaît par son comporte­ment même et par sa «gouaille»: Gabriel Belgeonne Mars 1991

Albert Foolmoon

Dieu, eau forte, 27x18cm, 2014

Dieu rat à engendré des monstres, eau forte, 27x18cm, 2014

 

Né en 1871, je vis toujours à Lille.
Multiples, c’est bien un terme qui me va bien. Dessinateur avant tout, après avoir été peintre de chambre, je sors des livres à petits tirages depuis 10 ans dans ma propre maison d’édition Lézard Actif (une vingtaine de zines de dessins, de photos), et participe à des publications collectives (une cinquantaine). J’ai des activités nombreuses toujours concentrées autour de l’auto-production : dessinateur d’art ou de posters pour des concerts, photographe au smartphone, éditeur de microlivres, organisateur des 5 éditions du salon du livre d’artiste Fais-Le Toi-Même à Lille, créateur de la communauté DIYzines.com (plus de 300 éditeur-trice-s et 1200 livres en ligne), et dessinateur militant au sein du journal indépendant La Brique depuis 5 ans.
Avec Ar-déco, un dessinateur aussi, nous avons fondé Sabordage en 2012, un atelier de sérigraphie d’art basé à Lille. C’est actuellement mon médium de référence. Reproduire notre travail pour le diffuser à moindre coût. C’est un choix de vouloir vendre nos productions à des prix allant de 10 à 25€, sur papier ou textile, et de garder au chaud les originaux. Et puis c’est aussi une possibilité de reproduire le travail d’autres artistes que nous aimons bien et avec qui nous collaborons (dont quelques uns présents à l’expo comme Jérôme Minard ou Alk-bazz).
Je ne pratique la gravure que depuis peu. J’ai tenté la lino, mais mon trait est si fin et détaillé que cela ne fonctionnait pas. Je suis allé, il y a peu, à la Métairie Bruyère faire un stage de gravure, car on m’a souvent dit que mon style de dessins se prêtait plus à la gravure qu’à la sérigraphie. Ce qui est vrai. Malheureusement, réinvestir de l’argent dans du matériel de gravure sur zinc ne m’était pas possible, j’ai donc opté pour la gravure du pauvre, le rhénalon. Et puis les temps fastidieux entre 2 tirages ne siéent pas à mon tempérament. Pourtant ce que j’aime dans la gravure, c’est l’impossibilité du retour en arrière, le côté irrémédiable, même si je prépare bien en amont mon esquisse avant d’attaquer la plaque. Je n’en ai pas fait beaucoup, mais le rendu est si intéressant que je pense en faire le médium de l’année. Car j’aime changer de supports, de techniques. Et j’aime aussi faire des tirages ratés, sales, avec des erreurs, ce que permettent aisément les plaques de rhénalon !
www.AlbertFoolmon.com + www.DIYzines.com + www.sabordage.com + www.labrique.net

Yves Doaré

Panique, linogravure, 44x31 cm, 2008

Panique, linogravure, 44×31 cm, 2008

La publicité banalise l’image et la fait disparaître en la multipliant. Créez du jeu, recyclez les représentations du pouvoir, et c’est l’image de la liberté qui réapparaît. Dans mes gravures et mes peintures j’emprunte la voie de la perméabilité, de la dérision, de l’anachronisme et de la mémoire involontaire. Ici l’artiste se fait à la fois complice et adversaire de l’obscénité des images, la peinture « mange » le monde et sa violence pour le plaisir de l’oeil, dans une sorte de désacralisation joyeuse. Dans cette entreprise de remise au chaos, tout est bon pour la peinture car il s’agit de libérer le regard et d’ouvrir la parole.  Yves Doaré Pour reprendre un beau titre d’une gravure ancienne de Doaré, la nostalgie de l’unité est inguérissable, mais plus excitant, plus jubilatoire aussi est le constat de cette unité éclatée, des fissions, des séismes qui la secouent. Doaré vient de la nuit, des leçons d’anatomie crépusculaires, des dissections dans le vif de la chair lorsque, dénudée, elle s’enténèbre ; c’est un frère de Dürer, de Van Eyck, de Bacon ; il chemine, de la gravure à la peinture, du cuivre au bois, des visions englouties fortes d’une précision de miniaturiste aux vastes épopées polychromes, et c’est la mémoire de la peinture qui chemine avec lui.
Philippe Le Guillou

Pierre Abernot

Sans titre, monotype

Sans titre, monotype

Un petit tour par ci un petit tour par là. Un petit passage aux beaux-arts de St Etienne, la découverte d’un atelier de gravure quasi vide, j’y ai passé beaucoup de temps. Puis plus rien sinon des tours par ci par là. Et puis la Co création de L’épluche-doigts, linogravure, typographie. En parallèle, je me suis mis à faire des   monotypes. Ce n’est pas l’unique médium que j’utilise mais celui qui reviens le plus. J’aime bien sa facilité de mise en œuvre et ses qualités graphiques. Je n’ai jamais bien réfléchis à pourquoi je l’utilise. Je crois que j’ai un certain goût pour la bricole, et que je m’y retrouve bien. Ça fait partie d’une manière de vivre, les pieds dans la boue, la tête dans les arbres et vice et versa. Je fais mes monotypes à l’instinct. Mes monotypes sont comme les plans d’un ensemble, fait d’un tas de chose entremêlées. Diverses pratiques comme la céramique, le dessin, la construction/destruction d’abris, de contenants, le potager, les animaux … Bref, je ne sais pas trop pourquoi je fais ça mais je le fais, comme tout le reste. Parfois tout s’éclaire…

Giulia Andreani

Catacombe di Palermo I, linogravure, 2013

Catacombe di Palermo I, linogravure, 2013

Un cardinal étrange et le solvant s’agglomère. Il y a de remarquable, dans ces deux gravures de l’Andreani, la tendance nerveuse à la sédentarisation de l’attribut morbide. Les glissements de substance sont nécessaires et quasi-instantanés, grâce à l’amalgame graphique et sacré de l’empreinte digitale de l’artiste. L’Andreani découvre, dans la rigueur de la gravure, une légèreté aqueuse qui est propre à son travail. Ecoutez, nous parvient une musique douce à l’oreille, celle du métal, du bris de l’os sur l’asphalte; une commotion létale. Le trait, tendu comme un éclair, initie la cristallisation de l’essence même de l’ombre  qui, énergiquement déposé sur un fond bactériologique, rendra une tessiture dense et diligente à l’oeil quelconque. Regardez s’agglomérer l’Andreani, c’est un nuage mouillé de sueur.
Egar Sarin, http://appendice-operandi.com/

Marc Brunier Mestas

Jeeesus, linogravure

Jeeesus, linogravure

Etudiant à l’Ecole des Beaux-Arts de Clermont Fd (diplômé DNSEP en 1993), j’ai appris à travailler le volume, l’installation et la gravure, j’utilise ces médiums depuis constamment, dans un art consommé de dérision empreinte de poésie. Pour autant, c’est le compagnonnage -exigeant, boulimique, vital- de l’art de la gravure, auquel m’a initié Michel Brugerolles, qui prédomine dans mon œuvre. Cet art m’offre un champ d’expérimentation unique par sa complémentarité et son indépendance, de la peinture, la sculpture ou encore de nouvelles formes plastiques. Une ambivalence qui m’a permis de basculer un temps vers l’installation pour revenir, fidèle depuis plus de vingt cinq ans, à ce médium; en interrogeant la«belle manière» toujours dans le décalage, et en me demandant quand est ce qu’une image peut devenir contemporaine. Aujourd’hui cette danseuse est ma partenaire unique, je grave en cadence sur un rythme effréné, en accord, en désaccord, je grave addict. Cette technique maitrisée, je la pousse à son épuisement pour convoquer l’imprévu, le basculement, l’accident, le dérapage. J’opte pour une attitude créatrice, consistant à mettre en crise mes modèles et mes savoirs afin d’ébranler les systèmes que je mets en place. Plus de préliminaires, je grave direct, à fond les ballons, la danse devient pornographique, je grave comme un zappeur, d’une image à une autre comme si j’avais des millions de chaines télévisuelles. J’ai besoin de cette frénésie pour comprendre le monde, avec un regard d’insouciance.

Julie Laignel

Sans titre, 26x24 cm, eau forte , 2009

Sans titre, 26×24 cm, eau forte , 2009

Dans mon travail, l’homme et l’animal fusionnent, le ciel et la terre se rencontrent. Je crée mes proverbes, des postures métaphoriques, mes propres figures allégoriques de la féminité, de l’enfance, de la guerre, dans un désir de narrer, matérialiser des souvenirs saccadés ou des images de rêve. Je grave des lignes qui creusent le support et forment des pleins. Elles inscrivent des formes représentant le sens, les histoires, les fables. La gravure ne constitue pas mon médium principal. Je travaille avec une grande diversité de techniques et de supports. Il n’y a pas vraiment de hiérarchie préférentielle. Mais le geste est là. J’enlève, creuse, incise sur tout. La gravure à l’eau forte correspond bien à ma démarche artistique. Je dessine avec le vernis siccatif. Je l’applique comme une couleur (avec ses nuances) et j’interviens à la pointe sèche. Mon geste reste libre et intuitif.
Ce qui m’intéresse dans cette technique, c’est de pouvoir interagir avec le support, laisser faire les choses pour pouvoir mieux improviser. C’est assez magique de voir le dessin initial évoluer, se métamorphoser et ce jusqu’à son impression. La gravure à l’eau forte me permet d’évoquer la matière des choses; elle témoigne de cette recherche : le zinc devient cheveux, peau de vache, peau d’homme, brin d herbe….. . Actuellement, je suis plus amenée à faire de la gravure sur lino tout aussi intéressante pour sa praticité et son efficacité mais plus frustrante. Le trait butte, rencontre la matière. Je dois maîtriser mon geste, accompagner le trait ; tout est dans le contrôle.Il me semble qu’il faut penser l’image avant, la dessiner au préalable et le geste vient après.

Thomas Bouquet

De l'extérieur-eau forte-20x15cm-2012

De l’extérieur-eau forte-20x15cm-2012

Je suis né en 1980 à Lille où je vis et  travaille. En grande partie autodidacte de formation, je rentre dans le dessin très jeune, à travers la bande dessinée (Je crois surtout que, comme beaucoup de dessinateurs, je ne me suis jamais arrêté de dessiner). Après l’obtention de mon bac en 1999, je tente un cursus de 3 ans à St luc Bruxelles, en BD. S’en suit une errance de plusieurs années, durant lesquelles je vis de petits boulots; passant d’une année à Toulouse en 2001 jusqu’à un voyage de 4 mois, en Inde en 2005. Durant mes temps libres, j’écris des bouts de scénarios et réalise des centaines de croquis… Je dois attendre 2007, où un peu par accident, et après une formation intensive de 8 mois je me retrouve embauché en tant qu’animateur 2D. J’apprends beaucoup mais je ne m’épanouis toujours pas. En 2009, je démissionne. Le déclic tant attendu est là. Je me mets à n’envisager le dessin que pour le dessin, dénué de sens narratif. Je tente une brève parenthèse par la peinture,mais reviens vite à la mine de plomb et au fusain que j’utilise de manière intuitive, en faisant appel à la mémoire. J’aime découvrir l’indicible, l’enfoui, le ressenti authentique mais dissimulé, oublié…C’est « l’idée » des choses, la déformation par le souvenir, qui m’aspire, plutôt que leur fidèle représentation. En 2012 et 2013, la rencontre sur Paris avec Pierre Higonnet et  Jean-Michel Marchais (tous deux collectionneurs et commissaires d’exposition) me permet d’exposer mes travaux dans de bonnes conditions, en dessin comme en  gravure. La gravure est-elle ton médium principal ? Non. Bien que la gravure occupe une place importante dans ma production, je m’estime avant tout dessinateur, avant graveur. L’immédiateté et la sensualité du graphite me séduisent par dessus tout.  J’ai le sentiment de pouvoir répondre à l’urgence. De tout exprimer très vite, selon les besoins. Je travaille beaucoup au maintien d’un équilibre entre l’écoute de pulsions fulgurantes et un temps de recul, de gestation, indispensables au dessin « juste ». Ce que la gravure ne me permet pas actuellement.  La gravure, c’est pour moi une toute autre aventure. Elle est, par définition, inscrite dans un processus très long.  C’est une image qui dépend d’un artisanat et d’un protocole précis, indispensables à la bonne terminaison de l’image. Pourquoi l’as tu choisi ? Je ne l’ai pas réellement « choisi ». Comme souvent dans mon parcours, c’est le fruit d’un « accident », d’ une rencontre. Un accident heureux je le précise ! Je découvre la gravure en septembre 2010, grâce à un ami, Yann Legrand, lui même graveur, qui pratique cette technique depuis un an à l’atelier de l’école  supérieure d’art de Tourcoing, je le suis par curiosité…  et cela ne me quittera plus. Je pratique essentiellement l’eau forte. Avec celle-çi je redécouvre la patience, la frustration, le labeur… L’eau forte, littéralement , me réapprend à dessiner. Sur la plaque je dois tout contrôler, j’ai la sensation d’être en danger perpétuel, je n’ai pas le droit à l’erreur. Une tension palpable s’installe alors, ainsi qu’ une grande discipline, une rigueur de chaque seconde. L’on a accès à une dimension quasi-mystique… Pour moi c’est, de ce fait, le complément parfait à ma vision du dessin. Elle m’a permis de redéfinir les contours mêmes de mon ambition, de mon univers. La gravure amène également une dimension sacrificielle. Et par son temps d’élaboration, va à l’encontre du temps contemporain  et inscrit l’artiste dans une posture, toute proportion gardée, militantiste. L’idée n’est pas pour me déplaire…

Jérôme Minard

Ceux que j’aurais pu être, eau forte, 50×60 cm, 2012.

Dessinateur et graveur né en 1983, je vis et travaille actuellement à Lille.
Je commence à dessiner très tôt, notamment avec un intérêt pour la bande dessinée. Cela m’a aiguillé vers des études artistiques à  Amiens : Bac Arts appliqués, Bts communication visuelle et licence d’arts plastiques. Pendant cette période, je rencontre des membres de l’association Zavata et c’est à leurs côtés que je vais commencer à exposer. Mes dessins étaient encore très inspirés de la bande dessinée et de l’illustration. Le rotring était déjà mon outil de prédilection. La finesse et la précision obtenues par ce dernier m’ont naturellement conduit à continuer dans cette direction. La figuration dominait dans mes images, bien qu’elle fut avant tout un prétexte pour déployer des textures denses et complexes avec une base « concrète ». Cela aboutit à un premier livre, Maelstrom, édité aux éditions du Dernier Cri en 2010. Mon approche du dessin change progressivement après la découverte du travail de Fred Deux et Cécile Reims, et plus tard ,celui de Rodolphe Bresdin et des Visionnaires. L’abstraction de leurs travaux dégagent une aura d’authenticité et d’exigence alors recherchée.
Il m’a donc paru naturel de délaisser les aspects figuratifs de mon travail, jugés trop contraignant et instaurant un manque d’épanouissement, afin de me focaliser sur ce qu’il en reste : des textures organiques et végétales. J’y vois plus de libertés, de possibilités d’abandon de soi et d’introspection.  La notion de temps s’ en trouve modifiée. Je veux me sentir capable de m’immerger totalement dans une image, à passer de longues heures sur le papier.De ces dessins résulte un autre livre, Seconde Porte, toujours publié au Dernier Cri en 2013.
La gravure est elle ton médium principal ? 
La gravure n’est pas mon médium principal. C’est par  Yann Legrand que j’ ai découvert l’eau forte. Il m’a invité dans l’atelier où il travaillait ( à l’école supérieur d’arts de Tourcoing)  afin de me montrer cette technique et par curiosité, j’ai tenté une première plaque sans y mettre réellement d’enjeux. Je suis très vite séduit par la difficulté et la finesse de la gravure. En un sens, ce médium me paraît une extension logique de mon approche du dessin : la recherche de rigueur, de subtilité, d’exigence, cette notion de temps ralenti et étiré.
Cependant, l’eau forte instaure un processus  mettant une distance avec l’image. Préparer sa plaque, difficulté de percevoir l’image dans son ensemble lors du travail sur le cuivre, le passage dans l’acide, imprimer, recommencer etc.. Ces étapes apportent de l’incertitude et cela tranche avec le dessin, que j’estime plus comme un médium de « contrôle » L’eau forte me pousse à improviser, à créer de manière plus instinctive et sans possibilités de corriger mon image. L’enrichissement qui en découle est la principale raison me poussant à continuer.

 Olivier Deprez

WrekI, gravure sur bois, 38x50 cm

WrekI, gravure sur bois, 38×50 cm

J’ai étudié la bande dessinée à l’institut Saint-Luc de Bruxelles au début des années nonante. En compagnie de mon frère jumeau Denis Deprez, j’y ai rencontré Thierry Van Hasselt, Jean-Christophe Long et Vincent Fortemps. Nous avons formé un groupe de dessinateurs qui est devenu le collectif Frémok. Après mes études, et au sein du collectif, j’ai dessiné et gravé un premier livre, l’adaptation du roman de Franz Kafka « Le Château ». Ensuite, j’ai rencontré Alexia de Visscher et Miles O Shea avec qui j’ai créé le groupe informel BlackBookBlack (devenu ensuite WREK) qui a pour objet d’explorer les potentialités de l’aplat de noir en gravure sur bois. Enfin, j’ai mené un projet de narration graphique avec Adolpho Avril, un artiste outsider, qui donne lieu à un livre et à un film d’animation.
La gravure est elle ton médium principal ? 
La gravure sur bois est devenue ma pratique centrale. Plus qu’une pratique, elle est une forme de vie, un espace de rencontre avec d’autres artistes et avec la communauté humaine dans son ensemble. C’est la lecture du roman de Franz Kafka qui m’a amené à la gravure sur bois. J’ai d’abord découvert le potentiel artistique de la taille, du négatif, de la contre-forme. Ensuite, la pratique de la gravure sur bois m’a amené à prendre conscience de la portée créatrice de l’ensemble du procédé. Le moment de l’impression est devenu aussi un moment de création, un moment générateur de formes et de narrations.

Klervi Bourseul

Merde plus 10 ou Joyeux bordel, linogravure, 27X37 cm, 2013

Merde plus 10 ou Joyeux bordel, linogravure, 27X37 cm, 2013

 

La gravure (et la peinture) est un exercice de révélation. C’est la seul chose qui me libère, et qui me permet de faire naître des images multiples suggérées par de fortes émotions. Dans mes travaux, je parle de l’humain, il est question d’une représentation anthropomorphique, ou les éléments sont amputés, déchirés et fragmentés. La présence humaine est  sous-jacente et liée à l’enfance et à la mort. Mes images font de divers façons, allusion au cycle de la vie, quelque chose en mutation, à travers l’expression de sensations, imageries symboliques et images empruntées à la culture populaire.

Alkbazz

La mort et l'enfant, 2012, pointe sèche sur zinc, format imprimé 9x10cm

La mort et l’enfant, 2012, pointe sèche sur zinc, format imprimé 9x10cm

Né à Nantes en 1974, vit en Provence. Autodidacte en dessin, gravure et peinture, j’ai commencé à créer des livres vers 1990, puis des zines avant de me consacrer à la peinture. J’utilise un pseudo depuis la fin du monde (celle de 99) et évite comme la peste le « marché de l’art » tout en bossant comme restaurateur de livres.
Depuis 2002 co-gère l’atelier Le Garage L. à Forcalquier, j’y ai re-découvert la gravure et l’impression avec principalement le lino, un peu de métal, de litho et pas mal de sérigraphie. Je participe à pas mal de zines et à différents collectifs dont Le dernier cri ou Outlaw Printmakers qui réuni des graveurs hors normes en France et USA. Je publie entre autre Alkom’X, une revuezine collective.
Je travaille surtout en noir et blanc, sans préférence pour le dessin ou la gravure, sur des thèmes liés aux cultures populaires : SF, fantastique, cartoon, horreur… je n’aime pas la monotonie, j’aime le zinc quand mon image le nécessite, j’aime le lino pour son rendu plus brut/primitif, le bois itou… Le lino est aussi un excellent moyen d’initier le tout public à la création, tout en étant un excellent moyen de produire des livres originaux.
alkbazz http://alkbazz.free.fr http://www.garage-l.fr

Caroline Quéguiner

Le bain,  Gravure sur 3 plaques de linoléum, 3 couleurs, 15x 20 cm, 2013

Le bain, gravure sur trois plaques de linoléum, trois couleurs, 15x 20 cm, 2013

Après 5 ans d’études à l’école des Beaux-arts de Quimper, j’ai déménagé en 2010 à Nantes. Avec mon ami, nous avons tout de suite eu le désir de monter une association visant à réaliser des projets de micro-éditions (en photocopie, sérigraphie, gravure selon les projets). L’idée était de pouvoir faire circuler de l « Art » à faibles coûts et d’encourager des projets collectifs, une volonté de profusion d’images et d’énergie collective pouvant se déplacer et perdurer.Nous avons également commencé à faire des ateliers de linogravure ouverts à tous type de publics ( enfantsadultes), lors de festivals, dans des centres socio-culturels etc.. Parallèlement à ces types de projets, qui font appel à un réseau d’artistes et d’acteurs culturels, j’ai continué une pratique artistique plus individuelle avec au centre le travail de l' »Image » . Je suis également formatrice en dessin d’art et histoire de l’art dans une centre de formation d’ apprentis. Ce travail me permet de rester toujours en lien avec une réalité sociale qui me nourrit intensément et me replonge sans cesse dans l’étude de l’histoire de l’art.
 La gravure est-elle ton médium principal ? 
La gravure ne constitue pas mon médium principal à l’origine, mais elle fait partie de ma palette d’outils entre photographie, peinture, dessin. Je me donne la liberté de circuler entre différents médiums, j’aime le déplacement et le mixage, et je suis avant tout une férue de l’ « Image », de son esthétique, de sa symbolique, de ses possibilités narratives. Moi qui aime peindre en et me confronter au grand format, je retrouve dans la technique de la gravure cette notion de confrontation et de présence mentale et physique, même dans le petit format. A chaque nouveau travail, j’aime m’éprouver, sentir mon corps et mon espri vibrer. J’ai ré-apprivoisé la technique de la gravure en faisant des ateliers de linogravure avec les enfants, en voyant leurs yeux briller lorsqu’à la suite des différentes étapes, l’image apparaissait neuve et puissante sur le papier. J’utilise actuellement, surtout la gravure sur linoléum, car c’est une matière plus souple que le bois. Elle est accessible à tous et c’est tout ce que j’aime, cette dualité entre quelque chose qui peut sembler enfantin, léger et son côté plus profond. Effectivement, J’ai l’impression de creuser me propres profondeurs. J’aime l’idée qu’il n’y a pas d’aller-retour possible, si il y a erreur elle restera. On ne peut pas retourner en arrière…on avance, on creuse, on approfondit, on évide, on se vide. Puis, j’aime les outils, les différentes tailles de gouge à l’image de pinceaux, avec certaines, on peut s’énerver, s’emporter, se déchaîner. Avec d’autres , on doit être précis, exact. Il faut dompter ses gouges mais tout en restant un fauve soi-même. C »est une technique franche et complète, qui ne laisse pas trop de place au doute. On obtient une image forte dû notamment à l’efficacité du noir et blanc, ou au rôle de l’aplat qui vient dire les choses de façon relativement directe et brute. Je suis à chaque fois bluffée devant le travail de Giacomo Patri ou encore de Franz Masereel ( « Gravures rebelles ») avec la gravure et le noir et blanc, ont réussi à raconter des histoires, à décrire une époque et leur réalité sociale et politique. Leurs images son narratives et sont à l’essence du roman graphique. La gravure est une technique passionnante, intemporelle. Une fois qu’on y a touché, on ne peut plus s’en passer

Zephyr

Indian, monotype

Indian, monotype

Je suis autodidacte pour la plupart des disciplines que j’explore (la peinture, le dessin, la musique) et je pense pouvoir dire que je pratique une création instinctive. Je crée des fanzine, des stickers et j’ai déjà organisé et participé à quelques expositions et concerts/performances. Je suis parallèlement des cours de gravure en cours du soir depuis 4 ans à l’académie des arts d’Anderlecht.
La gravure est-elle ton médium principal ? 
Non, je l’ai découvert il y a 4 ans en m’inscrivant en cours du soir à l’académie des arts pas très loin de chez moi. C’est une discipline très vaste avec des possibilités multiples voire infinies et je pense que c’est ce qui me plait le plus. Il y a aussi les jeux de pleins/vides et de symétrie qui sont intéressants par rapport au dessin sur papier. Ca m’a permis d’explorer différentes techniques et de m’obliger à penser ou à ne pas penser mon dessin d’une autre manière… Actuellement, je consacre 10 heures par semaine en atelier de gravure.

Ludovic Levasseur

Papillons V, pointe sèche, 20x15cm, 2009

Papillons V, pointe sèche, 20x15cm, 2009

Je pratique la gravure sur métal depuis 1992, cela a supplanté toutes les techniques dans lesquelles j’avais pu me fourvoyer auparavant. C’était au départ dans un atelier collectif qui était dans mon bled, puis j’ai acheté une presse et maintenant l’atelier c’est chez moi. Je ne montre que depuis dix ans environ ce que je fais, et ce, le plus rarement possible ; j’ai pour l’essentiel exposé et publié au Dernier Cri, à Marseille, et au Regard Moderne, à Paris.
 Ludovic Levasseur, la gravure est-elle ton médium principal ? 
Je ne fais plus que de la gravure, hormis les périodes où je fabrique des poupées. Je l’envisage moins comme une discipline artistique que comme une manie qui me permet d’assouvir mon goût pour la contrainte, le secret, l’érotisme et les instruments chirurgicaux. Par ailleurs, l’un des intérêts non négligeables de l’oeuvre imprimée est qu’elle tient à distance respectable les galeristes qui n’y voient qu’un faible espoir de spéculation : cela pourrait presque en faire un art populaire, si la plupart de ses pratiquants ne cultivaient un certain élitisme et un penchant fétichiste pour la tambouille artisanale.

Charlotte Istat

Le militaire, eau forte, 8.5x9cm, 2012

Le militaire, eau forte, 8.5x9cm, 2012

Je suis une artiste Belge de 26 ans, sortie en juin 2013 de L’académie des Beaux- Arts de Bruxelles dans laquelle j’ai fait 7 ans d’études : un master Spécialisé en peinture (5ans) et un master didactique en gravure (2ans).
Depuis que j’ai fini mes études, je me concentre sur mon travail et tente de développer mon univers, de faire mûrir une réflexion et une pratique personnelle nouvelle, désormais vierge de toute influence liée à l’apprentissage scolaire. Mon atelier se trouve chez moi et je suis des cours du soir en gravure à l’Ecoles des Arts d’Uccle pour bénéficier de l’atelier et continuer de me perfectionner, notamment dans la technique le l’Aquatinte et de l’Eau-forte qui me passionnent.
La peinture, le dessin et la gravure sont mes apanages, mais c’est à la gravure que je dois la naissance de mon style qui mêle aux natures étranges et aux forêts silencieuses de petits personnages absorbés par toutes sortes d’occupations. Jusqu’à présent mon travail s’est orienté vers la construction d’un monde onirique qui mélange et met en relation différents éléments souvent opposés comme le passé et le futur, la modernité et la tradition, l’homme et l’animal, le laid et le beau, la douceur et la violence… Je travaille en ce moment sur ma prochaine exposition solo qui, outre le fait de présenter un travail visuel figuratif, tentera une nouvelle approche et proposera au spectateur une dimension plus conceptuelle.

Maël Nozahic

Greffe 2, lithographie 2 couleur, 65x50 cm, 2011

Greffe 2, lithographie 2 couleurs, 65×50 cm, 2011

Tout un chacun crée son propre monde, matériel, social , intime. La création artistique, par le biais de l’imaginaire, repousse plus loin les limites de la construction utopique en donnant corps par l’image à nos plus folles affabulations.
Le mien est constitué de l’angoisse actuelle de l’homme face à son devenir et celle de sa planète, confronté à sa désintégration qui semble s’accélérer.Cette peur ne va pas sans rappeler les « prédictions » ancestrales de l’avènement du chaos et du déluge final.  La re-création du monde qui advient après le cataclysme est ici mise en scène dans une tragi-comédie où l’évolution a prit une drôle de tournure.La nature en toile de fond, qu’ elle soit désertique ou riche en végétation ne contient plus que quelques rares vestiges humains. Vidée de toutes marques spatio-temporelles, elle est à la fois jardin d’ Eden, Enfer et jardin des délices comme dans l’oeuvre éponyme de Jérôme Bosch.  Un bestiaire étrange évolue dans cet espace onirique, composé d’animaux fétiches tels que la hyène, le singe ou encore le cheval qui coexistent avec les chimères, ces nouveaux êtres devenus maîtres du monde face à la quasi disparition de l’ Homme.L’intemporalité de cet univers est également dû au mélange des thèmes et images, effectué sans hiérarchie de valeur, puisés au sein l’histoire de l’art, de l’ astrologie et de l’alchimie, des mythologies et des religions .
Cette bouillabaisse résiduelle de l’histoire humaine constitue mon anthropologie personnelle, les mots de mon vocabulaire artistique. Dans cette nouvelle Métamorphose, les masques et statues prennent vie aux côtés des monstres antiques, les animaux transgèniques sont désormais aux normes, les primates redeviennent primeurs et le sacré reprend du service pour couronner le tout.C’est un monde dans lequel prime le grotesque et l’ humour noir, quelque part entre conte métaphorique et roman d’ anticipation et dont la symbolique n’ est pas tout a fait dénuée d’espoir!
Maël Nozahic, la gravure est elle ton médium principal ?
 » Mon médium principal est la peinture mais j’utilise tout aussi bien le dessin, l’aquarelle, la sculpture et la gravure. La technicité de la gravure est très intéressante car elle nous confronte à des matériaux très différents, à des façons de dessiner beaucoup plus franches que ce soit au niveau de l’acte de graver (sillonner le zinc, dépecer le lino ou le bois) que la justesse de l’exécution. La gravure est également plus « démocratique » si puis-je dire, grâce à la multiplicité de ses tirages, qui permet également à l’artiste de se faire le plaisir de garder une épreuve de chaque oeuvre! »

Yann Legrand

Souffle leger vapeur effemere, eau forte, pointe séche 40x30cm, 2013

Souffle leger, vapeur effemere, eau forte, pointe séche, 40x30cm, 2013

Dans mon travail, il est question de petits traits, de points, de taches décrivant un monde organique, minéral voire purement ondulatoire. Un peu comme le chercheur en sciences naturelles, je crée un inventaire de particules et de traces du vivant.
Yann Legrand, la gravure est elle ton médium principal ?
Le dessin m’a amené à la gravure qui est devenue ma pratique principale, pour ne pas dire exclusive depuis 2009. Si la gravure m’intéresse tant c’est qu’elle représente un possible expérimental très large allant de la cuisine à la chimie, tout en ayant des qualités graphiques qui lui sont propres et une possibilité de finesse incomparable. La partie impression m’intéresse beaucoup aussi par son aspect artisanal, augmentant encore le choix des possibles et qui, par exemple, peut parfois manquer au dessin.

Yohann Rochereau

linogravure, 15x21cm

Rham, linogravure, 15x21cm

Après un bac professionnel en ébénisterie à Poitiers dans l’Poitou-Charentes, je choisi de poursuivre mes études à l’école supérieure d’art de Quimper. À la suite de ces cinq années passées en Cornouaille, diplôme en poche, nous décidons, ma compagne et moi, de venir habiter à Nantes pour continuer à travailler artistiquement et créer la maison d’édition associative « Hors créneau ».
Yohann Rochereau, la gravure est elle ton médium principal ?
Ma pratique artistique principale est la performance. J’utilise mon corps et ma voix comme médium d’expression, moyen de diffusion éphémère et vivant. Manifeste et exutoire, mes performances font abstraction du regard de l’Autre et de son jugement. Je me dévoile devant le public, je pousse les barrières du ridicule, et parfois, selon certains, jusqu’aux limites de la folie.En parallèle de la performance, j’écris des nouvelles, je dessine et je pratique la gravure.
J’ai commencé à faire de la gravure dès que l’on m’a fait découvrir ces techniques d’impression il y a 7 ou 8 ans. La lithographie, la taille-douce, l’eau forte, la xylogravure, la linogravure, etc, ont des étapes de création qui prennent du temps et qui demandent une réelle concentration. C’est tout d’abord cela qui m’a plu. Dans l’atelier d’impression, le temps s’arrête, on est entièrement plongé dans ce que l’on fait. Fini la vitesse, le rendement, la rentabilité du monde néo-libéral contemporain. En elles-mêmes, les techniques d’impression gravées sont une forme d’insoumission à la rapidité et au zapping ambiant. En plus de cette partie technique, je trouve les images gravées d’une séduction incomparable. Elles sont fascinantes, attirantes, directes. Quand je regarde le travail gravé d’Albrecht Dürer, de Goya dans « Les désastres de la guerre » ou les xylogravures de Posada, dans des techniques, des styles, des sujets et des temps différents, je suis tout de suite frappé par l’esthétique des images. Elles me parlent et créent des réactions, des sentiments forts. Elle traduisent avec énergie ce que l’artiste a voulu exprimer.En ce moment, je grave principalement sur linoléum, faute d’atelier et de presse, c’est la méthode « à la maison, do-it-yourself » et ça me plaît. Même si, je vous l’avoue, l’eau forte et la taille douce me manquent quelquefois.
La gravure sur lino me permet d’aller à l’essentiel, le noir et blanc est foudroyant. Il m’arrive parfois de me perdre et de m’essouffler dans des dessins trop soignés. La gravure me permet d’aller à l’essentiel, un trait creusé est un trait créé, pas de rémission, ça va droit au but, c’est radical et infaillible. Paradoxalement à la performance les tirages gravés reste et en plusieurs exemplaires. Même si j’espère profondément que l’on ne sort pas « indemne »  après une de mes performances, elles restent un souvenir. Au contraire de cela, la gravure est matérielle car elle est imprimée sur papier. Ces diverse pratiques sont donc complémentaires. Elles sont le résultat de la fugacité radicale de mes performances et du plaisir inconditionnel de la gravure avec son imagerie saisissante. Le total définit ma personnalité.

Greg Dass

impression au scotch sur zinc

Et il tira,  scotch sur zinc

Greg Dass, né à Bruxelles en 1988.
Artiste autodidacte, diplômé d’un Master en Communication Sociale obtenu à l’IHECS en 2012, il décide depuis de se consacrer plus sérieusement à sa passion pour l’illustration, le collage et l’art en général. Sa production laisse place à l’instinct et à la spontanéité, à la recherche d’un univers entre imaginaire et réalité.
Greg Dass, la gravure est elle ton médium principal ?
La gravure n’est pas mon médium principal pour le moment. L’essentiel de ma pratique artistique actuelle se partage, pour faire court, entre le dessin, la peinture et le collage. Mais je ne me ferme aucune porte et reste ouvert à l’ensemble des disciplines que j’ai l’occasion de découvrir et pratiquer, afin d’enrichir au maximum mon univers artistique.J’ai découvert la gravure en septembre 2013 par l’intermédiaire de Zephyr, un ami artiste. Ce médium et les diverses possibilités qu’il offre m’a directement intéressé. J’ai donc décidé de m’inscrire à l’Académie des Arts d’Anderlecht afin d’y développer ma pratique.
Ce que j’apprécie dans la gravure c’est le trait particulier, le jeu de matière qu’elle permet et l’ensemble des techniques qu’elle nous offre. Cette pratique m’incite aussi à prendre du recul par rapport à une certaine immédiateté qui domine dans mon dessin, et m’amène à un autre rapport avec le temps de la création.Le fait que le geste ne se transpose pas immédiatement sur le papier et  nécessite d’attendre l’e(a)ncrage et le passage sous presse avant de se révéler, à aussi quelque chose de passionnant, de surprenant. La découverte de l’image finale aurait presque quelque chose de magique.La gravure est une aventure passionnante dont je découvre petit à petit les possibilités et qui m’incite à continuer. N’en étant qu’au balbutiements, j’aurai sans doute bien plus à en dire dans quelques années…

Frédéric Voisin

linogravure, 54 cm x 43 cm - 2013

Scriptorium in Babylone, linogravure, 54 cm x 43 cm – 2013

Frédéric Voisin est né en 1957 à Paris.
Diplômé de l’école nationale supérieure des arts appliqués à Paris, puis d’un master of art de gravure au Camberwell college of art de Londres, il commence sa carrière en 1981 comme illustrateur de presse. Après un séjour en Jamaïque, il crée une série de linogravures sur le thème du reggae, dont certaines feront l’objet de couvertures de disques et affiches. Dés 1983, il est un des rares artistes à utiliser le macintosh avec lequel il réalisera nombre de créations sans perdre de vue les techniques de la gravure. En 1990, il part s’installer à Londres où il travaillera pour la presse rock (New Musical Express, Straight no Chaser, DJ magazine, etc.) et il réalisera également des couvertures de disques pour des labels indépendants. En 1995, les organisateurs des Trans-Musicales de Rennes le contactent pour la création de l’affiche du festival.
En 2000, de retour en France, Frédéric Voisin s’installe à Reims et continue d’explorer les domaines de l’estampe et, en particulier, son domaine de prédilection, la gravure sur lino qui découle de la technique de la gravure sur bois, lui permettant ainsi de jouer de traits cursifs. Dès lors, il explore les gravures des grands maîtres (Albrecht Dürer, Martin Schongauer, Lucas Cranach…) qui le passionnent. En 2009, il illustre l’Apocalypse de saint Jean et l’expose auprès de celle d’Albrecht Dürer au musée Le Vergeur à Reims. Reprenant les codes de l’iconographie des maîtres anciens, alliés à une technique issue du Moyen Âge et de la Renaissance, Frédéric Voisin use de cette technique pour traduire sa vision critique du monde actuel, matérialiste, vaniteux et doté d’une pensée unique.
En 2012, il expose sa nouvelle série « Memento Mori » à la bibliothèque Carnegie de Reims qu’il présente également en 2013 au musée de la halle st. Pierre à Paris dans le cadre de l’exposition HEY! Part II regroupant des artistes internationaux.
Frédéric Voisin, la gravure est elle ton médium principal ? Si oui, pourquoi l’as tu choisis ?
L’art de la gravure est un art qui modifie le rapport au temps. Toute notion de vitesse, propre à notre société, disparaît et le « temps lent » se montre à nous, tous les graveurs vous le diront, car il y a des procédés, des processus à respecter. Le choix du papier est également primordial car, par sa texture, il peut changer l’aspect d’une gravure. Je suis également très attaché à la notion de « savoir-faire ». L’artiste devient artisan-ouvrier, l’ouvrage doit être parfait. Intervient également la notion d’édition, du fait de la possibilité de tirages multiples, l’art de la gravure est une technique vraiment démocratique et devient abordable pour tous. N’oublions pas qu’Albrecht Dürer vendait ses gravures sur les marchés.

Louis Charles Fumery

eau forte et aquatinte

J’avais bu, eau forte et aquatinte

« Cristallisé par mon diplôme de Beaux-arts obtenu à Nancy en 2009, et exposé ces dernières années principalement dans le nord de la France , mon travail a pour horizon la mise à mort de la réalité, et un positionnement radical, au sens de « racine » vis à vis de l’Art, et la philosophie de la vie. Mes principaux enjeux sont une lutte contre le spectacle, la culture de l’image, et la représentation, pour réaffirmer l’aura magique de l’œuvre d’art, liant toujours intimement fond et forme. Je me place dans la lignée du romantisme et de sa brutalité primitive et aristocratique, sa vision d’une unité originelle, d’un paradis, perdus. Je favorise la dimension haptique, concrète, sensorielle de l’art. Mes pièces sont principalement abstraites, tenant d’une forme d’écriture gravée, sculptée dans le bois, imprimée en gravure ou dessinée. La liberté qu’implique la gravure a entrainé un second pan de mon travail, destiné à des publications, illustrations, ou simplement gravures « d’amusement », néanmoins habitées par cette même volonté philosophale. »
Louis Charles Fumery,  la gravure est-elle ton médium principal ?
Oui et non en ce sens que la majorité de mes pièces ne sont pas des gravures à proprement parler. Je pratique aussi beaucoup le dessin et le bas relief.
Mais j’ai plutôt tendance à dire que la gravure est le nœud de mon travail. Dans le fond d’abord, car mes thématiques ne varient pas avec la technique, revient toujours une approche des pleins et des vides, le travail du négatif, et bien sùr du noir, et la dimension haptique propre à la gravure. Dans la forme ensuite car mes bas-reliefs ne sont ni plus ni moins que des matrices de gravure sur bois traitées autrement. J’utilise les mêmes outils et le même bois, seuls la mise en couleurs et le traitement des tailles changent. De même, mon travail de dessin à l’encre n’est pas très différent de mon travail d’eau-forte, il arrive même régulièrement que des gens prennent mes dessins pour de grandes eau-fortes. Je ne fait pas de rupture claire entre toutes ces techniques.
 Si oui pourquoi l’as-tu choisie ?
Je ne suis pas sûr d’avoir choisi la gravure, j’ai plus le sentiment qu’elle m’est tombée dessus comme un coup de foudre ; correspondant à un manque, une attente, une mélancolie.
Les justifications seraient nombreuses si l’on voulait les mettre à plat : l’attrait pour le travail d’atelier, une dimension concrète, les aspects magiques et conceptuels de l’estampe, notion d’empreinte, d’aura, de négatif, de retournement ; le corpus culturel lié à la gravure dans lequel je reconnais mon impulsion romantique propre, dans sa violence, sa nuit et ses fantasmes. Traditionnellement, que ce soit chez les expressionnistes, dans les caprices, diableries ou gravures érotiques, la gravure est le médium de la liberté sous sa forme la plus sauvage et personnelle. Elle a aussi une dimension littéraire et « autonome », en ce sens qu’elle permets d’éditer soi-même des multiples. C’est une vraie machine de guerre ! Capable de s’opposer à une machine d’État, et je pense que cela est particulièrement important à notre époque.
J’ai d’ailleurs rédigé la déclaration ci-dessous, prise de position face à un « manifeste de l’estampe » que je trouvais particulièrement dangereux, diffusé à Lille il y a deux ans.
Je pense que l’eveil de la conscience est autant affaire de forme que de fond, si ce n’est plus. La manière de dire une chose parle autant que la chose elle-même, est rends mieux compte des paradoxes inhérents à l’existence et à toute affirmation. L’on retrouve cette double-inversion rappelant l’hermétisme dans la technique de la gravure, et elle est pour moi gage d’une philosophie juste, embrassant ses contraires, à la fois réaliste et surréaliste.
 Lien vers la Déclaration libre sur l’estampe de Louis Charles Fumery.
Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s